Vladislav KHODASSÉVITCH  

(1886-1939)






Khodassévitch est né à Moscou en 1886. Enfant, sa santé fragile ne lui permit pas d’embrasser comme il le rêvait une carrière de danseur, mais sa passion précoce pour le ballet le mena à l’art en général, et à la poésie en particulier. À 17 ans, marqué par ses premières rencontres avec les poètes symbolistes et notamment avec André Biély, auquel il se lia d’amitié, il déclare : « Poésie pour toujours ! » Une poésie qui, au fil du temps, allait s’éloigner des brumes symbolistes pour rejoindre une forme classique, dans une filiation de plus en plus marquée avec Pouchkine et la poésie du xixe siècle, dont Khodassévitch devint un spécialiste renommé. Dès 1905, il vivra – tant bien que mal – de ses vers, mais aussi de traductions, de critiques et de chroniques littéraires.
En 1917, le poète accueille avec enthousiasme la « révolution » d’octobre, à laquelle il associe intimement l’espoir d’une renaissance littéraire. Porté par cet élan, mais aussi par nécessité, il accepte de collaborer avec les institutions juridiques et culturelles mises en place par les nouveaux pouvoirs. C’est à cette époque également qu’il travaille pour les éditions Littérature universelle dirigées par Maxime Gorki, et qu’avec une poignée d’écrivains, dont Mikhaïl Ossorguine et Pavel Mouratov, il participe à la mise sur pied de la Librairie des Écrivains. Mais durant ces terribles années de guerre civile, les absurdités bureaucratiques et le chaos soviétique émousseront peu à peu son enthousiasme, tandis que la faim et le froid auront raison de sa santé.
Bientôt, il s’installe avec sa femme et son beau-fils dans la Maison des Arts, ce foyer d’artistes et d’écrivains fondé récemment à l’initiative de Gorki et qu’on surnomme aussi la Nef des fous. Malgré la modicité de sa ration d’écrivain et le maigre salaire de son épouse, Khodassévitch respire plus librement dans cette ville encore animée d’un souffle littéraire : il se sent à nouveau poète parmi les siens. Mais l’été 1921 est marqué par l’exécution de Goumiliov et la mort tragique de Blok. La Terreur rouge pèse de plus en plus sur la ville et Khodassévitch songe pour la première fois à quitter le pays. Quelques mois plus tard, un événement décisif hâtera son départ : il rencontre la poétesse Nina Berbérova, avec qui il partagera quelque dix années d’exil et d’intense communion littéraire.
En juin 1922, ils quittent la Russie et vivent trois années d’errance au cours desquelles ils se déplacent entre Berlin, Prague, Sorrente... En 1925, ils s’installent définitivement à Paris. Revenu de toute illusion, le poète confie à son ami M. Karpovitch : « Il fut un temps où je pensais revenir en Russie, car j’en suis parti de façon légale… Mais peu à peu, les bolcheviks me sont devenus à ce point abjects que peu à peu, moi aussi, j’ai finalement décidé de brûler tous mes vaisseaux ». Dans ce dernier port, l’écrivain mourra quatorze ans plus tard, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Malgré des conditions matérielles très précaires, il poursuit une intense activité intellectuelle et œuvre jusqu’à son dernier souffle pour la survivance de la littérature russe. Si sa veine poétique se tarit, en revanche il publie dans les revues de l’émigration des centaines d’articles consacrés à la littérature classique et aux publications contemporaines, tant en Russie que dans l’émigration. Ces activités lui assurent un rayonnement important et font de lui le mentor de nombreux jeunes poètes russes en exil.
    Par ailleurs, fort d’une expérience de vie riche et mouvementée, il se plonge dans l’écriture de souvenirs, dont certains, rassemblés de son vivant sous le titre de Nécropole, ont été traduits et publiés en français aux éditions Actes Sud. Les éditions Interférences ont  de leur côté publié le recueil intitulé Le Couloir blanc.